Outil numérique et information

L’art de la guerre (numérique)

C’est encore une fois du côté de l’armée qu’il faut se tourner pour voir apparaître les premières innovations numériques. Toujours en quête des dernières inventions technologiques, ils ont grandement participé à faire émerger le numérique. La grande majorité de ces applications seront ensuite déclinées pour l’usage civil.

Les télécommunications sont évidemment un des premiers secteurs ayant bénéficié des ces avancées, par leur importance vitale dans le domaine militaire. Nous avons évoqué le réseau de communication Internet (dont l’ancêtre, l’ARPAnet, était un projet du département de la défense américaine), le chiffrement des données qui se développe considérablement pendant et après la guerre, le lancement de satellites et la course à l’espace (pour l’observation de l’ennemi ou les communications) ou encore le système de positionnement par satellite (GPS) qui localise une unité par triangulation. 

Les progrès techniques et technologiques ouvrent de nouvelles possibilités pour l’armée comme le GPS donc et la coordination spatiale, mais aussi dans l’aviation qui embarque des composants électroniques pour les instruments de mesure ou pour le guidage des bombes, et plus récemment avec le pilotage à distance comme pour les drones. L’omniprésence du numérique dans les télécommunications en fait une cible vulnérable parfaite pour l’attaque, et par conséquent, un enjeu crucial de défense. Les soupçons d’ingérence dans les dernières élections américaines [1], françaises [2] ; l’augmentation des cyberattaques [3]; les fuites d’informations ou de documents [4][5] constituent autant d’enjeux majeurs de cyberdéfense [6] et de protection des données [7], qui commencent à être admis.


Moi, Robot

La robotique offre de nouveaux horizons en termes de prothèses pour les personnes handicapées ou les blessés (guerre, accidents, travail). Le robot peut fournir un support mécanique externe à l’humain, l’exosquelette. Il réduit l’effort de l’humain qui le porte, et améliore ses capacités physiques. Il les remplace même pour effectuer le travail à la chaîne dans les usines, avec des tâches peu exaltantes comme visser des pièces, tordre du métal, ou des tâches ménagères comme aspirer le sol. Dans un autre registre, les robots humanoïdes sont ceux qui intriguent le plus de par leur ressemblance grandissante avec les humains organiques, leurs finalités (robots militaires ou sexuels), ainsi que leur intelligence, et les limites que nous leur imposerons [8].

Suscitant tout autant de méfiance et d’excitation que la robotique, le domaine de l’intelligence artificielle est directement issu du numérique : générer un programme informatique capable d’apprendre de lui-même et de gagner au jeu d’échecs (Deep Blue, début des années 1990) ou plus récemment au jeu de go (AlphaGo, en 2015). Il est également possible de l’utiliser comme assistant personnel (Cortana pour Microsoft, Siri pour Apple, Watson pour IBM), ou afin d’effectuer de la reconnaissance de visages, de sons, de formes, d’objets (reconnaissance faciale de Facebook). On retrouve une application moins connue dans les jeux vidéo, où les ennemis et leurs comportements face à nos actions de joueurs sont régis par une intelligence artificielle.

Le domaine de la linguistique profite directement des avancées du numérique avec l’apparition d’assistants personnels qui comprennent vos demandes écrites ou énoncées et réagissent en conséquence ; mais aussi avec l’amélioration drastique des processus de traduction, par la vitesse de réponse ou les capacités à traduire des textes entiers de façon plutôt convaincante.


Technologie et Sciences

Bien évidement, la science aussi profite de ces progrès technologiques, notamment dans les systèmes d’imagerie, de modélisation ou de simulation. En physique, nous citerons les télescopes ; le domaine énergétique : que ce soit les centrales contrôlées par de nombreux dispositifs numériques ou que ces appareils servent au développement de nouvelles constructions (comme les nouvelles centrales nucléaires à fission E.P.R. ou le prototype de centrale à fusion ITER) ; les accélérateurs de particules, qui demandent à la fois un contrôle extrêmement rigoureux mais une acquisition du processus très rapide de collision des particules ; ou les modélisations en 3 dimensions réalisées, par exemple à partir de données de collisions.

La biologie et le domaine de la santé profitent des systèmes d’imagerie avec, par exemple, les microscopes électroniques ou atomiques, l’imagerie par résonance magnétique (I.R.M.) ; le développement de la nanomédecine (à l’aide de robots nanométriques) ou encore, la modélisation des structures protéiques. Il va sans dire que les ordinateurs et Internet favorisent également la science, que ce soit dans les calculs, la visualisation, la prédiction ou encore la communication des chercheurs.


Partout, du numérique

Les circuits banquiers et la finance ont vite adopté les possibilités du numérique, avec les algorithmes de trading haute fréquence qui aident les humains à passer des ordres boursiers en quelques millisecondes, tout en intégrant de nombreux paramètres complexes ; les banques en ligne qui remettent en question la place de l’agence bancaire ou tout simplement le distributeur de billets et la carte de retrait, qui eux existent depuis plus de 40 ans (50 ans pour le distributeur [9]).Le numérique est tellement omniprésent que même les actions les plus basiques s’en retrouvent changées : le calcul, le jeu, la musique, la lecture ou même fumer sont devenus numériques (parce qu’une cigarette électronique n’était certainement pas suffisant).

Mais le domaine qui nous intéresse le plus dans le cadre de cet exposé est le domaine économique. Il est fortement impliqué dans le numérique avec l’apparition de nouveaux acteurs ayant pris une place considérable, si ce n’est prépondérante dans le monde d’aujourd’hui: ce sont les GAFAM aux USA (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), ainsi que leurs équivalents chinois, les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi). Non seulement ces entreprises sont très récentes (hormis Microsoft et Apple crées dans les années 1970, toutes les autres ont été créées entre 1994 et 2010), mais elles ont survécu à l’éclatement de la bulle Internet des années 2000, ont su d’adapter pour émerger en leader de leurs secteurs. Ces succès leurs octroient une puissance financière et économique de premier plan, ainsi qu’un poids politique et culturel digne d’un grand pays. Par ailleurs, d’autres acteurs moins grands et moins connus, mais tout aussi important tirent profit du numérique, et s’érigent en géant de leur domaine. Nous retrouvons Airbnb, spécialisé dans la location de logements, JD.com spécialiste de la vente en ligne ou encore Twitter, dans les réseaux sociaux. Le mouvement enclenché par le numérique modifie également notre rapport  d’humain dans l’économie. Une première vague de mécanisation du travail avait émergé au long de la révolution Industrielle. Les machines avaient progressivement remplacé les humains dans certaines de leurs tâches. Une nouvelle étape d’automatisation est en cours, où de nouvelles machines remplacent d’autres humains, dans des tâches plus complexes cette fois. Les exemples mentionnés plus haut pour la banque et la finance, ou encore les caisses automatiques dans les supermarchés représentent clairement ce mouvement.


L’outil numérique

En prenant un peu de recul, on s’aperçoit vite que tous les domaines de l’activité humaine sont concernés par cette révolution numérique. Que ce soit la défense, la science, la linguistique, les arts, les sciences molles et même le divertissement, nous pourrions continuer cette liste longtemps. Je n’ai même pas évoqué les réseaux sociaux et tous leurs dérivés (réseaux professionnels, sites de rencontre, sites de partage ou de vente), ou les activités autrefois analogiques qui sont converties au numérique (musique, vidéo, téléphonie, télévision, radiodiffusion). Mais attention, même s’il prend un place toujours plus grande dans nos sociétés, le numérique ne constitue pas une finalité impérieuse, mais bien une réponse à un besoin. Il remplace les usages autrefois analogiques, selon qu’il procure des avantages ou non. Les télescopes ou microscopes analogiques sont toujours utilisés ; la musique analogique constitue, pour certains puristes, une excellence sonore qui justifie un retour à des modes d’écoute plus anciens (le « renouveau » du disque vinyle et des platines[10]).


Comme je viens de le montrer avec ces quelques courts articles, le numérique reste un moyen, un outil pour transformer un signal analogique. Cette transformation possède de nombreux avantages, qui ont été portés par une amélioration continue et exponentielle des capacités techniques, au cours de ces dernières décennies, et déployées dans presque tous les domaines d’activité humaine. Nous verrons que les signaux, qu’ils soient analogiques ou numériques font partie d’une notion plus large : l’information. Bien que plutôt intuitive et courante, cette notion d’information est plus complexe qu’il n’y parait, et revêt une importance capitale alors qu’aucune définition consensuelle n’existe, même parmi les scientifiques. Mais cette fois-ci, ce sont eux qui ont remis cette notion au goût du jour [11][12]. Ils ont vite été rejoint par les militaires[13][14], et ce champ de l’information commence à prendre de l’ampleur et mobiliser des moyens importants [15]. Mes prochains articles seront consacrés à approfondir les bases physiques sur lesquelles elle repose, le contexte dans lequel cette définition évolue, le rôle joué dans l’essor du numérique, ainsi que sa place dans des sujets aussi divers que la thermodynamique des trous noirs, la sélection naturelle ou l’uniforme des militaires.


Sources

[1] Soupçons d’ingérence dans les élections américaines de 2016

[2] Soupçons d’ingérence dans les élections françaises de 2017

[3] Quelques cyberattaques marquantes de l’année 2017

[4] http://www.france24.com/fr/20180129-strava-appli-joggers-carte-base-militaire-gps-secret-defense

[5] Edward Snowden et le programme d’espionnage à grande échelle US

[6] https://www.defense.gouv.fr/portail/enjeux2/la-cyberdefense/la-cyberdefense/presentation
https://www.defense.gouv.fr/actualites/articles/cyberdefense-bilan-et-nouveaux-chantiers-annonces-par-le-ministre

[7] https://www.cnil.fr/fr/le-rgpd-cest-maintenant-les-changements-retenir-et-les-outils-pour-bien-se-preparer

[8] https://www.futura-sciences.com/tech/dossiers/robotique-trois-lois-robotique-1836/

[9] http://www.leparisien.fr/vie-quotidienne/argent/le-distributeur-de-billets-a-cinquante-ans-27-06-2017-7089957.php

[10] http://www.snepmusique.com/actualites-du-snep/le-vinyle-en-france-les-infos-cles-2017/

[11] Schneider, T.D. & Stephens, R.M. (1990) ; Sequence Logos: A new way to display consensus sequences. Nucleic Acids Res. 18(20):6097-100

[12] Adami, C. & Brown, C.T. (1994) ; Evolutionary Learning in the 2D Articial Life System »Avida ». Proc. of Artificial Life IV. R. Brooks and P. Maes, eds., MIT Press pp. 377-381. 

[13] https://www.lemonde.fr/international/article/2002/10/02/loup-francart-il-y-aura-un-volet-cyberguerre-en-cas-de-conflit-contre-l-irak_292729_3210.html

[14] http://www.eurocrise.com/actualites/publications/infosphere-et-intelligence-strategique.html
et de nombreux autres articles ayant trait au numérique ou au concept d’information.

[15] On peut retrouver des réflexions similaires dans d’autres pays (par exemple, aux USA avec un programme de la DARPA, ou des rapports militaires ; ou en G.B.)

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